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Texte d'Augustin Besnier, à l'occasion du 58ème Salon de Montrouge


La nature aura-t-elle raison de l’artiste ? Les oeuvres de Sylvie Bonnot ne répondent pas, mais
se confrontent sans cesse à la question. Le désert de glace, l’océan déchaîné, la montagne
infranchissable : cette nature trop belle et trop absolue serait à vous faire jeter pinceaux et
objectifs. La contemplation, meilleure ennemie de la création ? C’est pas l’artiste qui prend la
mer…
Sylvie Bonnot, elle, ne déguerpit pas. Mais avant de poser le pied sur la banquise, elle cherche
comment et par où tenter l’incursion dans ce qui ne peut être embrassé et ne devrait être foulé.
Il en va des éléments comme de l’histoire de l’art : l’humilité seule y est condition de survie.
Son chemin parcourt deux territoires. Le premier est celui du dessin, de la ligne et de la
couleur. Un tracé sur un papier blanc, et le monde s’offre à vous. Dans ce monde, elle s’en
donne à coeur joie, multiplie les combinaisons, les échelles et les techniques, faisant rimer
composition avec exploration. À l’encre de Chine ou au feutre, sur grand format ou dans de
petits carnets, elle trace les cartes d’un paysage mental qu’elle sillonne en même temps
qu’elle l’esquisse.
L’autre territoire est celui du paysage, naturel celui-là, toujours plus insaisissable. Plus
question pour elle d’en être maître : l’appareil photo se substitue au pinceau, la contemplation
à la composition. Le cadrage est fasciné, le noir et blanc solennel : plus rien ne paraît exister
ni même être possible en dehors de ce que la nature offre d’images ou de mirages.
La frontière entre ces mondes pourrait sembler étanche. De la photographie de paysage ou de
l’abstraction pure, il faudrait choisir. L’artiste amorce pourtant, dans un troisième volet de son
travail, une rencontre des deux, ou plutôt une tentative de l’entre-deux. Les questions qui se
posent sont alors insolubles : comment explorer le paysage sans l’envahir ? comment s’y
introduire sans s’y perdre ? comment intervenir sur lui sans que le geste soit risible ?
Détresse de l’homme perdu dans la nature, embarras de l’artiste face à elle : de quoi honorer
la place que Sylvie Bonnot parvient à creuser dans l’image du paysage, dans sa photographie
même, c’est-à-dire ailleurs, et pourtant là. Photos sillonnées, dentelées, pliées ou peintes, sont
autant de façons pour elle de placer son geste, d’observer le monde sans s’y montrer, de le
recréer sans y toucher. Le champ des possibles se rouvre dès lors : trouer le ciel par brûlure,
sculpter la mer par froissage, effleurer l’iceberg par la ligne ou le submerger par la couleur,
permettent de tout tenter sans laisser de traces.
Le territoire de Sylvie Bonnot commence là où la photographie n’est plus, ou pas encore, et
devient monde à son tour sous l’oeil d’un nouvel objectif. Elle qui sut dessiner dans l’espace
(à la sangle noire, tendue entre les murs) sait aussi errer à la surface du paysage, et composer
avec son invincibilité.

Augustin Besnier